Cercle EB - Qu'as-tu pensé de la coupe du Monde ? Moctar Doumbia - La compétition a eu un niveau mondial à partir des quarts, il faut savoir qu'il y a eu des équipes invitées qui n'ont pas forcément des équipes homogènes, l'Afrique du Sud par exemple n'a pas encore le niveau. On s'est tous passionné à partir des quarts lorsque l'enjeu de la médaille était à la porte des neuf minutes et que les compétiteurs s'arrachaient pour obtenir au moins le bronze. Cercle EB - Qu'as-tu vu d'intéressant chez les poids lourds ? M.D - Pascal a dominé cette compétition, il bat l'Allemand 8-0, cela se passe de tous commentaires. J'ai regardé les lourds dont la nation est qualifiée pour les J.O. J'ai vu l'Égyptien qui a battu au premier tour un Mexicain qui n'a rien à voir avec le niveau mondial. J'ai vu l'Australien, c'est un bon combattant pas un très bon, il se sert juste de sa jambe droite, il se contente juste de reculer et de remiser de sa jambe droite. Il est limité : si on arrive à contrer ça, il est coincé. Le Cubain s'est classé troisième au championnat du monde en 97, il a battu à plusieurs reprises le Mexicain Estrada qui est très fort. Il faut en tenir compte même s'il a perdu au premier tour ici. Cependant, le pic de forme c'est en septembre qu'il faut l'avoir, pas en avril. J'ai remarqué de nombreuses absences dans la catégorie des lourds, par exemple le Grec ; ça fait trois compétition que je le rencontre et qu'il ne combat pas, il est là avec un caméscope pour filmer. Il a d'ailleurs filmé Pascal. C'est tactique, ça fait un an que je ne le vois pas combattre, depuis l'Open d'Espagne l'année dernière. Les Coréens n'ont pas non plus amené leurs lourds, on ne les voit pas sortir. Tout le monde se préserve pour éviter que les autres nations étudient les athlètes. Il faut faire attention. Cercle EB - Le niveau de la compétition en lourds t'a-t-il semblé élevé ? M.D - A mon sens, ce n'est d'aucune façon pour discréditer la performance de Pascal, le niveau n'était pas très élevé. Le Grec était absent, le Coréen non plus, les Allemands ont un problème au niveau de la catégorie. Se prendre 8-0, c'est énorme pour une compétition mondiale. Cercle EB - Pascal est parti un peu partout, est-ce que c'est pas un risque ? M.D - Tout à fait, je pense qu'il y a un risque et la fédération en est consciente. Soit on se cache et on n'a pas l'expérience, soit on sort et on est pas à l'abri de l'espionnage technique des autres nations. On voit des Coréens en compétitions, mais ils n'ont rien à voir avec la préparation olympique. On pense tous que c'est le triple champion du Monde qui va y aller. Les Egyptiens qui ont passé un mois en Corée m'ont dit que ce n'était pas lui mais un autre. Il ne devait pas aller à Porec pour les sélections mais il y est allé. Les autres nations sèment le doute mais la France se livre à tout va. Cercle EB - Si tu devais choisir ? M.D - C'est le domaine de la direction technique, moi je suis le combattant, on me demande d'être prêt au bon moment. Si on me donne la méthodologie d'entraînement et que ça me satisfait, c'est bon. Maintenant c'est à eux de savoir où on doit aller et si on ne doit pas plutôt récupérer. Cercle EB - Est-ce que regarder de nombreux combats d'un adversaire te permet d'adapter ta stratégie ? M.D - Non, il faut savoir en fait quelle est la technique que l'adversaire réussit à chaque coup. Chacun a un spécial qu'il arrive à chaque fois à placer, personne ne va inventer de coups de pied. Il y en a qui savent placer le bon coup de pied au bon moment. C'est ce qu'il va falloir travailler pour faire la différence au dernier moment. Cercle EB - Quels pays penses-tu retrouver aux J.O en lourds ? M.D - Les 12 ou 13 nations qualifiées. L'année dernière toute les finales ont été franco-coréennes, il ne faut pas se sous-estimer mais on peut pas savoir ce qui va se passer dans 6 mois. Cercle EB - Concernant Pascal, est-ce que le public lui a permis de se surpasser ? M.D - Le public a été remarquable, le message est bien passé. Je peux vous assurer que dans les petits moments de doute, avoir un public comme ça, ça vous requinque. Cercle EB - Un mot sur Civiletti ? M.D - Au championnat du Monde, Civiletti battait un Taiwanais 3-0 et l'arbitre s'est débrouillé pour le disqualifier à 5 secondes de la fin du combat en lui infligeant avertissement sur avertissement. Civiletti est certainement le plus technicien de toute l'équipe de France, il sait tout faire. Il confirme. Cercle EB - Il semble très modeste, qu'en penses-tu ? M.D - C'est sûr que si on compare les deux qui ont gagné pour la France, c'est le jour et la nuit. Il y a le poids lourd et le moins de 54kg, peu de personnes connaissent le tempérament de Civiletti, pratiquement tout le monde connaît le tempérament de Pascal. Il faut rester soi même. Si Christophe gagne en restant introverti et Pascal aussi en étant extraverti, il ne faut pas les changer. Cercle EB - Pascal marque des points, comment vois-tu ton avenir sportif ? M.D - Comme tout le monde le sait, je dois passer en commission de discipline. Je continue de m'entraîner bien qu'il me soit interdit de continuer le taekwondo. Je garde mon physique au meilleur niveau afin que ma reprise soit la plus rapide possible. C'est à la fédé de voir. Je pourrais dire, comme je l'ai lu dans l'Equipe, que j'ai battu l'Espagnol en demi du championnat du monde l'année dernière ainsi que l'Allemand et l'Egyptien que Pascal a rencontrés. Cercle EB - On voit beaucoup Pascal dans la presse, est-ce qu'il n'y a pas un risque que l'on voit ça avant les résultats ? M.D - J'ai l'impression qu'il court après une certaine reconnaissance, je ne sais pas comment expliquer la différence. Si on dit Pascal, tu es un super champion, je pense qu'il sera satisfait. Il y a une petite nuance, battre 7 ceintures bleues, ça ne m'intéresse pas, faire une compétition et peut-être perdre au premier tour contre un très bon, ça donne une très grosse satisfaction. La France a gagné la Coupe du Monde de foot, c'était phénoménal car c'était le Brésil en face, le tenant du titre. Moi quand j'ai gagné la Coupe du monde en 91, en quart, j'avais le Coréen, en demi j'avais l'Allemand, tenant du titre de la Coupe du Monde et en finale j'avais l'Egyptien, champion du Monde. C'est pour ça que ça restera la plus grande performance pour moi, je ne pourrai jamais ré-avoir tant de pointures à la suite lors d'une compétition. Si on gagne, on a la reconnaissance des médias. Le jour où on perd, on vous casse : regardez Douillet qui a des problèmes au dos. Si on attend la reconnaissance des médias, on sera toujours malheureux. Moi j'ai envie d'être heureux. ® |