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Interview de Mickael Borot

Ce mois-ci, Mickael Borot a accepté de répondre à nos questions. Vainqueur enragé en - de 84 kg du championnat de France N1 dont il était certainement le meilleur compétiteur ; il nous livre ses impressions sur le dernier championnat d'Europe, sur la concurrence dans sa catégorie et évoque avec beaucoup de clairvoyance son avenir.

Cercle EB - Peux-tu te présenter ?

Mickael Borot - Ayant été attiré par les arts martiaux relativement jeune (judo à 6 ans et karaté à 10 ans), j'ai débuté le Taekwondo en 1989 au club de Cergy-Saint-Christophe 95. Le côté aérien et spectaculaire de ce sport de combat m'a tout de suite séduit. J'ai d'ailleurs commencé la compétition assez rapidement (en 1991).

Mon seul objectif était de devenir un champion. J'ai pu en partie réaliser mon rêve en étant sélectionné pour le championnat de France en 1996, face au plus titré des Français : Mikael Meloul. Un combat qui a mis en valeur une volonté de fer et un potentiel prometteur. Cela m'a permis d'être repéré par les entraineurs nationaux et ainsi d'intégrer le Pôle France à Aix-en-Provence ou je me trouve actuellement, afin d'intégrer le collectif en préparation olympique pour les jeux de Sydney 2000.

Cercle EB - Quels sont tes titres ?

M.B - Mon palmarès :

Vice-Champion de France Junior +76 kg (1993), Vice-Champion de France Sénior -83 kg (1996), Vainqueur de la Coupe de France -80 kg (1996), Champion de France -84 kg (2000).

Médaillé de bronze aux championnats d'Europe -84 kg (1998), médaillé de différents Open Internationaux (Sardaigne, Grande Bretagne, Canada), sélectionné en Equipe de France pour la Coupe d'Europe 1997 et les Championnats d'Europe 1998 et 2000.

Cercle EB - Qu'as-tu pensé du championnat d'Europe (4 au 7 mai dernier) ?

M.B - D' un point de vue général, la compétition s'est bien déroulée ; l'organisation a tout mis en oeuvre pour que ce championnat d'Europe soit réussi. Sinon, même si l'on peut remarquer l'émergence de nouvelles nations (Russie, Bielorussie, Slovénie...), les leaders incontestés demeurent les Allemands, les Turcs et les Espagnols.

Cercle EB - Peux-tu nous parler de ton parcours à ce championnat d'Europe ?

M.B - Concernant mon parcours à ce championnat : j'ai énormément puisé dans mes réserves (au premier tour) pour faire face à un combattant extrêmement offensif. Au second tour, j'étais opposé au Belge Zoran Prenad, champion d'Europe en titre, face auquel j'ai du m'incliner 6-3 n'ayant pas récupéré du combat précédent.

Cercle EB - Pourquoi alors que tu étais 1er de ta catégorie en France , nes-tu pas allé à la coupe du Monde ?

M.B - J'ai été victime de la dure loi de la sélection en équipe de France. Les entraîneurs ont jugé que Bruno Ntep (3e au championnat de France et interne au pôle France) avait subi une meilleure préparation et avait fourni un volume horaire supérieur au mien. Ce qui, pour eux, représentait une garantie de résultat.

Cercle EB - Quels compétiteurs t'ont impressioné lors de la coupe du Monde ?

M.B - Tout d'abord il y a l'Iranien : Hadi Saeiboneh Kohael dans la catégorie des -72 kg. Il a une intelligence de combat remarquable. Il est comme un "soldat", il semble impénétrable. Il a d'ailleurs tout remporté ces trois dernières années. Rares sont les combattants à avoir ce niveau de technique et de concentration. J'ai également apprécié le style de Christophe Négrel qui seul a pu rivaliser avec cet Iranien en finale.

Cercle EB - Qu'as-tu pensé du comportement des Coréens lors de la compétition ?

M.B - Leur comportement m'a déçu. Ils n'ont pu, cette fois-ci, utiliser la pression politique qu'ils exercent depuis tant d'années sur le monde du Taekwondo. En tant que nation fondatrice du Taekwondo, on attendait de leur part une attitude plus fair-play.

Cercle EB - Peux-tu nous parler de la concurrence dans ta catégorie en France ? Que penses-tu de Bruno Ntep ?

M.B - Dans la catégorie des mi-lourds la concurrence est rude. Il y a de nombreux adversaires de qualité : Xavier Bouton, Bruno Ntep et Karim Aoudja. Ils sont pour moi à la fois des concurrents et des partenaires de qualité. A leur côté, j'ai énormément progressé. Mon Taekwondo a muri et semble être plus stratégique. En ce qui concerne Bruno Ntep, je le concidère comme un bon combattant. Il possède un potentiel technique impressionnant.

Cercle EB - Tu t'entraînes au Pôle France, qu'est-ce que cela t'apporte ?

M.B - Je m'y entraîne depuis 4 ans. Techniquement et physiquement, j'ai beaucoup évolué, je m'y suis forgé une volonté de fer et un mental à tout épreuve. La structure est idéale lorsqu'on prétend aux podiums internationaux. On peut y travailler avec des partenaires de toutes les catégories comme Christophe Négrel (-72 kg) et Christophe Civiletti (-54 kg). Comment ne pas progresser avec un tel évantail de champions !

Cercle EB - Combien de temps t'entraînes-tu par jour ? Quelles sont tes activités ?

M.B - Je m'entraîne 2 à 3 fois par jour en fonction des objectifs. C'est un travail à la fois physique et tactique : footing musculation, exercices à la raquette (ndlr : cible) et au plastron, vidéo, exercices en situation.


Mickael au championnat de France N1

Cercle EB - Ton pronostic pour les J.O en masculins ?

M.B - Mon pronostic :

-68 kg : Hadi Saeilbaneh Kohal (Iran)

-80 kg : Victor Estrada (Mexique)

+80 kg : Pascal Gentil (France)

Cercle EB - Es-tu professionel du Taekwondo, en vis-tu ? Comment vois-tu la suite de ta carrière et ta reconversion ?

M.B - Non, j'estime ne pas être un professionnel du Taekwondo malgré un investissement presque total. En tant que sportif de haut niveau, je bénificie d'aides multiples qui me permettent de subvenir à mes besoins. En ce qui concerne ma reconversion, je prépare le professorat de sport qui me permettra de devenir un cadre actif de la fédération. La prise en charge du pôle espoir à Aix-en-Provence est pour moi la première étape d'une implication qui sera je l'espère de plus en plus intense.

Cercle EB - Quelle définition donnes-tu au mot Taekwondo ?

M.B - Pour moi le Taekwondo est, au delà de son aspect technique et martial, une source d'épanouissement, de discipline. Il a façonné mon esprit autant que mon corps car cette discipline fait appel à l'excellence et exige puissance et adresse.

Cercle EB - Un mot sur le Taekwondo et Internet ?

M.B - Je connais très mal les sites consacrés au Tae Kwon Do, parce que je n'ai pas le temps de surfer sur internet. Je sais que cela se développe de plus en plus et que c'est une porte ouverte à la connaissance de notre discipline à tous les points de vue. Cela contribuera à sa médiatisation à l'échelle mondiale.

Cercle EB - Ton plus mauvais souvenir en Taekwondo ?

M.B - C'était lors de l'Open du Canada en août 1998, alors que j'étais face à mon homologue espagnol, Jon Garcia. Suite à une mauvaise réception, je me suis rompu les ligaments croisés du genou. Cette nouvelle est venu assombrir un avenir prometteur. Je devais faire, deux mois plus tard, le championnat d'Europe aux Pays-Bas. Je cachais alors le diagnostic médical pour y participer.

Cercle EB - Ton meilleur souvenir en Taekwondo ?

M.B - Par conséquent, mon meilleur souvenir demeure ce championnat d'Europe car même blessé, j'ai pu monter sur le podium. Ironie du sort : au premier tour j'ai rencontré ce même espagnol, au second l'anglais Colin Daley ( il a sélectionné la catégorie des lourds pour les J.O). avant de me heurter en demi-finale au Turc, Yagiz Yasui. (Vice-champion du monde 1999) score finale 0-0.

Cercle EB - Un dernier mot ?

M.B - Pour accéder au titre de champion, il faut faire preuve de talent, de persévérence et s'engager de tout son coeur dans ce que l'on fait (qualités que privilégie cette discipline). Mais surtout il faut toujours rester positif.

Alors mon conseil est : "Persévérez, ne baissez jamais les bras ! "

Interview : Pierre Branco

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