Amr Khairy : Je
m'appelle Amr Khairy, j'ai 36 ans et je suis l'entraîneur de l'équipe
d'Egypte depuis 1992. Je suis 6e dan. J'ai été compétiteur
dans l'équipe nationale de 1982 à 1992 dans la catégorie
des poids lourds.
J'ai obtenu onze
médailles dans des compétitions internationales officielles.
J'ai été 3e au championnat du Monde 1985, 1991, j'ai été
champion du Monde en 1989. J'ai gagné la coupe du Monde en 1986,
j'ai gagné deux médailles d'argent en 1989 et 1991 et
une médaille de bronze en 1987. J'ai été deux fois
champion du Monde universitaire en 1986 et en 1990. Enfin, j'ai obtenu
une médaille d'argent aux Jeux de Séoul (1988) et une
médaille de bronze aux Jeux de Barcelone (1992).
WEBTKD
– Vous avez été le premier médaillé
mondial egyptien ?
A.K : Non,
je n'ai pas été le premier, l'Egypte avait obtenu une
médaille d'argent en 1982 en Equateur. Mais j'ai
été le premier Egyptien et même Africain à
obtenir une médaille d'or internationale.
WEBTKD
– Quelle est votre fonction ?
A.K : Depuis
mon arrêt de la compétition, je suis donc entraîneur
national et directeur technique du Taekwondo egyptien. En
10 ans sous ma direction, l'équipe a obtenu 27 médailles
en coupes du Monde et championnats du Monde. La dernière,
d'argent, a été obtenu au championnat du Monde en Corée
par Ahmoud Napelion - un Français (rires...).
WEBTKD
– Quel est l'état du Taekwondo en Egypte ?
A.K : Nous
n'avons pas un système de clubs indépendants comme en
France, c'est un système semi-public. C'est le gouvernement qui
gère des clubs où l'on peut pratiquer différents
sports. Il y a 20 000 licenciés qui s'entraînent dans 100
clubs.
WEBTKD
– Comment se fait la préparation des équipes nationales
?
A.K : Les
athlètes de l'équipe nationale s'entraînent au Centre
olympique egyptien, au Caire. Il y a 16 athlètes réguliers,
presque uniquement masculins. Nous n'avons pas d'association entre le
TKD et les études et c'est un gros problème pour les athlètes.
Nous avons également un problème financier car le pays
n'est pas riche et l'aide public est faible. Les sponsors sont également
peu nombreux.
WEBTKD
– Quelles sont les strutures dont vous disposez ?
A.K : Notre
structure d'entraînement n'a rien à voir avec la structure
française ou espagnole et les changements ne viendront pas tout
de suite. Je fais souvent des demandes pour obtenir plus de moyens mais...
Manuel Colmenero
[ndlr : le président de la fédération
espagnole] se plaint de son budget de 4 millions d'euros
par an et nous, nous n'avons 170 000 euros par an.
Vous comprenez que j'envie l'Espagne...
WEBTKD
– Qu'en est-il du Taekwondo féminin en Egypte ?
A.K : Nous
n'avons pas de véritable équipe féminine mais à
la différence de l'Iran ou d'autres pays musulmans, les filles
sont représentées.
Ainsi nous avions trois filles au dernier championnat du Monde et nos
féminines ont déjà obtenu 1 médaille d'or
et 2 d'argent en Coupe du monde. Mais le problème est culturel
et aujourd'hui, il y a seulement 1000 filles qui s'entraînent
sur les 20 000 pratiquants. Il faudra encore attendre plusieurs années
avant d'avoir une véritable équipe féminine.
WEBTKD
– Quelles sont les qualités des compétiteurs egyptiens
?
A.K : Nos
principales qualités sont la puissance, la tactique et le fighting
spirit. Sur le plan physique, les Européens sont meilleurs que
nous grâce à leur préparation. En revanche, sur
le plan tactique, je pense que nous sommes plus performants.
Nos compétiteurs essaient d'obtenir des points avec un maximum
de techniques différentes. Ce qu'il nous manque, c'est la stabilité
sur le long terme pour nos entraînements et cela est lié
aux problèmes de financement.
WEBTKD
– Quels sont les similitudes avec les Taekwondo turc et iranien?
A.K : Le TKD iranien est très bon mais les compétiteurs
jouent uniquement sur l'aspect physique et mental. Ils sont très
puissants mais ce ne sont pas de vrais tacticiens. En revanche, ils
ont un excellent système d'entraînement avec des compétiteurs
professionnels. Les Iranines sont génétiquement plus forts
et résistants. Et nous n'avons pas ce niveau de résistance.
Les Turcs
sont également puissants et ils ont un fighting spirit à
toute épreuve. Ils s'approchent beaucoup du style iranien et
tactiquement, ils me semblent meilleurs.

L'équipe
d'Egypte en démonstration à Paris
WEBTKD
– Quelle est la place du Taekwondo egyptien en Afrique?
A.K : Au
championnat d'Afrique, nous avions eu 6 médailles d'or et une
d'argent car le compétiteur avait la jambe cassée avant
la finale. Et depuis, l'Union africaine a décidé de n'autoriser
que deux participants pour l'Egypte et malgré cela nous avons
eu la première place avec deux médailles d'or !
Le
problème c'est que les Africains sont impressionnants physiquement.
Parfois on a l'impression de frapper contre le mur. Tactiquement
ils sont encore très faibles et donc la victoire n'est pas très
difficile mais après la compétition nos compétiteurs
sont tous blessés. Et ce sont à chaque fois ce sont des
membres cassés. C'est la raison pour laquelle nous n'allons pas
souvent aux compétitions officielles. Nous n'allons même
plus au championnat d'Afrique. Nous n'allons qu'aux Jeux d'Afrique car
là les médailles comptent pour le classement final. L'Egypte
aurait beaucoup plus sa place en Asie aujourd'hui.
WEBTKD
– Que pense-vous du Taekwondo français ?
A.K : J'envie
beaucoup la France. Car le mélange français est très
bon, il y a des métissages qui réussissent très
bien au niveau sportif. C'est la plus grande force de la France et ça
se voit aux derniers résultats. Vous avez aussi de très
bonnes structures et un financement important.
WEBTKD
– Qu'espérez-vous pour les J.O de 2004 ?
A.K : J'ai
appris à ne rien attendre mais à travailler durement...
WEBTKD
– Vous avez été médaillé aux J.O
et si c'était aujourdhui ?
A.K : Aujourd'hui,
ce serait tellement différent. Vous imaginez si j'étais
aujourd'hui deux fois médaillé olympique avec les primes
qui existent en Egypte pour les médaillés !
WEBTKD
– Que pensez-vous de l'arbitrage en Taekwondo ?
A.K : Nous
avons beaucoup de problèmes avec l'arbitrage, surtout lors des
Opens comme la Belgique. En Alsace, aussi cela a été difficile
car les arbitres étaient inexpérimentés et j'étais
souvent en désaccord. Il y a un manque de logique dans l'attribution
des points et des sanctions.
WEBTKD
– Et au niveau mondial ?
A.K : Oui,
la différence est qu'au niveau international,
c'est intentionel de la part des Coréens. Au niveau mondial,
c'est tellement bien fait qu'on ne peut pas se plaindre. Alors
qu'en Alsace, par exemple, c'était plutôt par faiblesse
de l'organisation et de l'arbitrage.
WEBTKD
– Quel a été votre plus mauvais souvenir en TKD
?
A.K : La
déception de voir l'écart qu'il y a entre mon travail
et celui des athlètes et les moyens qui nous sont offerts.
WEBTKD
– Quel a été votre meilleur souvenir en TKD ?
A.K : Toutes
les médailles en tant que compétiteur et en tant que coach.