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Interview
de Mickaël Borot
Partie 2
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"Je
voulais arrêter ma carrière avant la Coupe du Monde l'année
dernière"
WEBTKD
– Comment expliques-tu le changement radical que tu as connu ?
M.B
- C'est ma façon de concevoir le Taekwondo qui a changé.
A un moment j'étais à 100% dans le TKD, c'était ma
raison de vivre et la passion est devenue pratiquement une corvée.
Depuis, j'ai pris du recul, je me suis plus préoccupé
de mon avenir professionnel et j'ai abordé les compétitions
avec moins de pression et d'appréhension du résultat. Or
c'est la pression qui m'inhibait. Le changement a consisté
en un travail mental beaucoup plus que physique. Il faut s'imaginer qu'il
m'a fallu cinq ans pour éclore. Pendant cinq
ans, j'ai été à Aix et ce n'est qu'aujourd'hui que
je me révèle. Etre dans un Pôle ne fait pas
tout, il faut réfléchir sur soi-même.
WEBTKD
– Tu veux dire que la saison dernière tu t'es moins investi
dans le Taekwondo ?
M.B
- Je
voulais arrêter ma carrière avant la Coupe du Monde l'année
dernière car j'étais frustré de ne jamais avoir été
jusqu'au bout au niveau international et le déclic s'est fait à
ce moment. J'ai prouvé à tout ceux qui pensaient
que j'étais fini que j'avais des possibilités. Je
suis l'antithèse de l'athlète parfait, du Meloul souple
et technique. Je ne suis pas du tout souple, on se moque de moi
en équipe de France car je ne sais pas faire un coup de pied au
dessus de mon épaule. Je ne fais que des coro-pits de la jambe
arrière ou avant et des tuits tchaguis mais avec ça on peut
être champion du Monde si on est dans le bon timing et si on est
bien dans sa tête.
Pour
moi, c'est le mental le plus important. J'ai plus besoin de me ressourcer
que de m'entraîner de manière intensive.
Aller en Martinique pour couper les ponts, ça me fait plus de bien
qu'autre chose. Voir mes parents, mes amis et les Antilles, ça
m'a gonflé à bloc avant le championnat d'Europe. Je marche
au psychologique, même si je ne m'entraîne pas énormément,
si dans ma tête ça va, tout va.
La sophrologie a joué et continue à jouer pour moi. Le TKD
est un sport de combat et il y a toujours l'appréhension du mauvais
coup ou du K.O. J'aborde les combats d'une nouvelle façon et c'est
ça qui m'a permis de faire des résultats au niveau international.
L'Open
de Hollande est la compétition de référence, j'y
suis allé sans pression, j'ai combattu en lourds, je n'avais pas
mon poids de forme, je faisais 88 kg et ça a marché.
WEBTKD
– Ton style a-t-il changé ?
M.B
- Après ma blessure au genou, mon style a changé. Avant
j'étais plus aérien, je faisais beaucoup de triple pits
et maintenant je travaille plus avec ma tête qu'avec
des automatismes. Mon idée est qu'une action doit ramener un point.
C'est pour ça que mes scores sont parfois fous (rires).
Le Taekwondo c'est l'escrime des pieds, chaque amorce d'attaque doit engranger
un point. Comme aux échecs, je réfléchis à
l'avance à mes coups et je simplifie au maximum les choses.
Ma souplesse n'est pas celle de Pascal et donc je travaille avec mes armes,
l'explosivité, l'intelligence du combat.
WEBTKD
– Quel est donc ton nouveau style, ta nouvelle
méthode de gérer le combat ?
M.B
- Si on m'attaque côté fermé, je reprends
côté ouvert en pit et si on m'attaque côté ouvert,
je fais un tuit. Pour mes attaques, je ne fais pas de coups de pieds sautés
et je ne gaspille pas mon énergie. Je perfectionne ce que je sais
faire et j'essaye de m'améliorer techniquement. Je travaille l'efficacité
de mes quelques techniques. Pour moi, le TKD se résume simplement,
c'est toucher sans être touché et allier force, vitesse et
précision. Le TKD devient un jeu, je touche, je marque mon point
et je sors de la distance de combat.
WEBTKD
– Ca a l'air facile comme ça ?
M.B
- Bien sûr, ça dépend des capacités
de chaucun. Moi j'ai fait beaucoup de foot et de basket et je joue par
conséquent énormément sur ma tonicité et sur
mon explosivité. C'est ma force et c'est ce que je travaille.
WEBTKD
– Que t'apporte ton coach lors du combat ?
M.B
- Pendant les entraînements on apprend à se connaître
et je lui dis ce qu'il faut que j'entende pendant le combat. Avec
moi, l'analyse doit se faire au premier round et c'est ce que fait Oury.
Quand je retourne à la chaise, le coach doit
me dire ce qui va et ce qui ne va pas. Il doit épurer mon style
pour en éliminer tous les déchets. Tout
ce qui n'a pas marqué, je ne dois pas le recommencer. Quand
je retourne sur l'aire, je ne travaille plus qu'avec ce qui fonctionne
et j'adapte aussi ma stratégie à l'adversaire.
WEBTKD
– Comment te prépares-tu ?
M.B
- e suis à l'INSEP qui est un moule pour faire des champions.
Il faut un minimum de 20 heures par semaine, l'idéal étant
d'alterner entre deux heures de Taekwondo le matin et deux heures de course
ou de musculation l'après-midi.
Je fais de la musculation, car c'est devenu indispensable pour le Taekwondo
afin d'avoir de la tonicité.
Une
personne qui n'est pas au Pôle ne peut pas rivaliser. A moins d'avoir
une musculature innée, elle ne pourra pas être au même
niveau.
La condition physique est également indispensable puisqu'on doit
enchaîner 5 combats de 3x3 minutes. Je travaille donc en fractionné,
c'est à dire avec des courses, des accélérations
sur 5 secondes et des récupérations sur 15 secondes. Le
footing, ça se travaille en début de saison, pour avoir
du fond mais il ne faut pas le prolonger au delà des trois premiers
mois de la saison car alors les fibres deviennent lentes alors
qu'elles doivent être rapides pour le TKD. Le coeur fait des pics
au TKD, il ne reste pas à 140 comme au footing. Il faut donc le
faire travailler avec des accélérations, que ce soit à
l'entraînement avec des séries et des enchaînements
ou sur piste. L'entraînement doit être
la reproduction du combat et à partir de là il faut être
à 120% à l'entraînement car ça voudra dire
qu'on sera à 60% en compétition compte tenu du stress et
des autres facteurs perturbants.
"Au
Pôle, je me fais cartonner par les jeunes et ça me permet
de me remettre en question constamment"
WEBTKD
– Quelles sont les différences que tu ressens entre l'INSEP
et le Pôle d'Aix ?
M.B
- L'INSEP, c'est le lieu idéal pour le
haut niveau, c'est une véritable usine à champions.
Il y a des préparateurs physiques, des médecins, des psychologues
qui sont à l'écoute des sportifs et c'est une nouveauté
pour les Taekwondoïstes qui en profitent un maximum. Je
suis le plus vieux et je suis un peu le meneur mais les autres sportifs
ne sont pas des sparrings mais des partenaires. Je travaille avec des
-58 kg comme avec des -84 kg. Ils sont jeunes et ils ont beaucoup de fougue.
L'inconvénient
à Aix, c'est qu'au bout de cinq ans, on se connaissait par coeur
entre nous, Pascal, Bruno, Mamédy. Ici, ils ont moins de 20 ans
et cette jeunesse fait qu'ils ne réfléchissent plus quand
ils frappent.
Sur
le plan technique, c'est vrai qu'on ne peut pas rêver mieux que
de tourner face au champion du Monde ou au vainqueur de la Coupe du Monde
mais ici j'ai autre chose. Et ce n'est pas du tout un désavantage.
Les jeunes sont imprévisibles techniquement et c'est important
de connaître ça car au niveau mondial, il y a les
Coréens qui sont techniques mais il y a aussi les Iraniens ou les
Azeris qui sont beaucoup moins prévisibles. J'ai encore les acquis
d'Aix, je ne crache pas dessus, loin de là, mais le changement
et l'adaptation me font du bien.
WEBTKD
–
La structure de l'INSEP explique-t-elle les derniers résultats
au championnat d'Europe ?
M.B
- C'est peut-être une coïncidence mais c'est sûr
que le travail et la structure paient. Ludovic a intégré
le Pôle et il a maintenant ce dont il a besoin pour réussir
au plus haut niveau. Gwladys, elle avait un potentiel encore inexploité
et c'est grâce au Pôle et à la structure qu'elle a
pu l'exploiter. Ca annonce ce qu'il va y avoir dans
le futur avec la relève incarnée par des jeunes comme Do
Cong Minh, Phongsavanh, Leïla Ouchani, Servin ou Jidé.

Un Mickaël heureux après sa victoire au N1
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